Parmi ces substances, qui font de plus en plus
l’actualité, figurent les perturbateurs endocriniens et les PFAS.
Dans le cadre de
sa formation de base, la Cellule RISE du CEPAG a invité trois expertes pour
nous en parler lors d’un séminaire qui s’est tenu à Namur le 12 juin
dernier :
Qu’est-ce qu’un
perturbateur endocrinien et pourquoi sont-ils toxiques ?
Selon l’OMS
(Organisation Mondiale de la Santé), « un perturbateur endocrinien est une
substance ou un mélange de substances, qui altère les fonctions du système
endocrinien et, de ce fait, induit des effets néfastes dans un organisme
intact, chez sa progéniture ou au sein de (sous)-populations ».
Le système endocrinien
comprend des organes tels que la thyroïde, le pancréas, les testicules ou les
ovaires. Il a pour fonction de réguler et contrôler les fonctions de
l’organisme comme la glycémie ou la reproduction et joue un rôle important au
cours du développement du cerveau, du système reproducteur et du système
immunitaire notamment.
L’exposition prolongée
aux perturbateurs endocriniens représente un facteur de risque avéré dans le
développement de nombreuses pathologies aussi diverses que l’obésité, le
diabète de type 2, les cancers hormono-dépendants, les affections de la
thyroïde, la baisse du QI, les troubles de la fertilité ou l’augmentation du
taux d’occurrence des AVC.
Les perturbateurs
endocriniens n’ont pas que des effets sur les êtres humains. Ils affectent
également la santé des animaux et des écosystèmes.
Contrairement à
d’autres substances chimiques, leur toxicité n’est pas liée à la dose - ils ont
un impact même à de petites doses - et les effets combinés de l’exposition à
différents perturbateurs endocriniens ne sont pas encore bien documentés.
Le coût sur la santé
de l’exposition de la population aux perturbateurs endocriniens est estimé à
4,4 milliards d’euros par an en Belgique.
Où trouve-t-on des
perturbateurs endocriniens ?
L’exposition aux
perturbateurs endocriniens se fait à 85% via l’alimentation mais aussi par
inhalation et contact cutané. Le placenta étant perméable aux perturbateurs
endocriniens, le risque d’affecter l’embryon au cours de son développement est
réel.
L’exposition
professionnelles aux perturbateurs endocriniens concerne de nombreuses
activités : nettoyage, construction, cosmétique, laboratoires,
ameublement, traitement des déchets, etc.
Et les PFAS ?
Les PFAS, appelés
également « polluants éternels » car quasiment indestructibles sont
des composés chimiques synthétiques développés à partir des années 50 pour
leurs propriétés très recherchées par l’industrie : antiadhésives,
imperméabilisantes, hydrofuges et endurantes s aux fortes chaleurs, …
On les retrouve dans
de nombreux objets de consommation courante tels que les poêles antiadhésives,
les textiles imperméables, les cartons de pizzas et les emballages
alimentaires, les cosmétiques résistants à l’eau, les batteries, les panneaux
solaires, les retardateurs de flammes, etc.
Davantage présents aux
abords des sites industriels, ils contaminent durablement l’air, l’eau et les
sols, s’accumulent dans l’organisme et sont très difficiles à éliminer. Ils
pénètrent essentiellement dans l’organisme via l’alimentation : eau, œufs,
poisson, viande, lait, et par inhalation dans le cadre des expositions
professionnelles.
Les effets sur la
santé sont nombreux et les données sont encore incomplètes mais on sait avec
certitude qu’ils présentent des risques en termes de diminution de la réponse
immunitaire, de troubles thyroïdiens, de cholestérol élevé. Ils peuvent avoir
des effets sur la reproduction et le développement de l’embryon et de l’enfant et
augmentent le risque de certains cancers.
Quelle est la
règlementation permettant de protéger les travailleuses et travailleurs ?
Plusieurs législations entrent en ligne de
compte en matière de substances chimiques. Le cadre général en matière de
commerce et d’utilisation de produits chimiques est principalement défini, sur
le plan européen, par deux règlements : le règlement REACH et le règlement
CLP.
Le règlement REACH (Registration, Evaluation, Authorisation and Restriction of
Chemicals) encadre la fabrication et l'usage des
substances chimiques au sein de l'Espace économique européen. Sa révision pour l’élargissement
de l’interdiction de l’utilisation de certaines substances dont les
perturbateurs endocriniens est envisagée mais a été reportée.
Le règlement CLP (Classification, Labelling,
Packaging) ou Règlement (CE) n° 1272/2008 est la législation européenne qui
définit les règles de classification, d'étiquetage et d'emballage des
substances chimiques.
S’y ajoutent des règlementations sectorielles concernant
les médicaments/dispositifs médicaux, cosmétiques, jouets, matériaux en contact
avec les aliments, biocides, pesticides, détergents, eaux.
Dans le cadre du Pacte vert européen (Green
deal), la Commission européenne a adopté en 2020 la Stratégie pour la
durabilité dans le domaine des produits chimiques qui prévoit, à terme, un
renforcement de la protection des travailleuses et des travailleurs ainsi que
des consommatrices et consommateurs notamment vis-à-vis des perturbateurs
endocriniens.
En Belgique, la protection de la santé des travailleuses
et travailleurs exposés à des substances chimiques est organisée par Code belge
du bien-être au travail (Livre VI). Les agents possédant des propriétés
perturbant le système endocrinien y ont été intégrés en 2023.
La législation
prévoit, après la réalisation d’une étude de risques, l’adoption de quatre
types de mesures :
· La substitution : remplacement de la
substance incriminée par une autre moins dangereuse.
· L’adoption de mesures techniques : circuits
fermés, aspiration de l’air, …
· L’adoption de mesures organisationnelles qui
réduisent, par exemple, le temps d’exposition des travailleuses et travailleurs.
· L’utilisation de matériel et équipements de
protection individuelle.
Par ailleurs, la
Belgique s’est dotée d’un Plan d’action national perturbateurs endocriniens
(NAPED) 2022-2026 dont l’objectif est de diminuer l’exposition de la population
et de l’environnement aux perturbateurs endocriniens. Il est découpé en trois
axes : la prévention, la règlementation et la recherche scientifique.
Le caractère
perturbateur endocrinien a été également retenu pour l’attribution de l’Ecolabel
EU pour les produits cosmétiques et les produits d’hygiène absorbants. Ce label certifie qu'un produit ou service a un impact environnemental réduit
sur l'ensemble de son cycle de vie, de l'extraction des matières premières à la
production et à la gestion des déchets.
En dépit des mesures mises en place et
envisagées, le travail reste immense car, actuellement, sur 1000 à 10000
substances potentiellement concernées, seules 133 ont été identifiées comme
perturbateurs endocriniens dans l’Union européenne.
Enfin, l’évaluation des substances chimiques
est trop longue. Les données disponibles sont souvent insuffisantes, les
capacités d’évaluation des instances nationales et européennes d’évaluation
sont limitées, le processus décisionnel est long et les tests font parfois
l’objet d’interprétations divergentes. La priorité reste donc la prévention !
Pour en savoir plus :
Les
perturbateurs endocriniens sous la loupe : Kit d'animation | Réseau IDée
Où se
cachent-ils? - perturbateursendocriniens.info
Les perturbateurs
endocriniens en milieu professionnel
Perturbateurs endocriniens :
réchauffer des aliments (ProRes)
Protégez
votre famille des perturbateurs endocriniens | SPF Santé publique