Aucun résultat trouvé pour ""

Recherche en cours...

Commencez à taper pour rechercher

Cadmium : entre risque sanitaire et enjeux politiques

Cadmium : entre risque sanitaire et enjeux politiques

Le cadmium est responsable d'une pollution à prendre au sérieux. Elle illustre l'impact de l'être humain sur l'environnement, impact qui se répercute ensuite sur notre santé. Cette problématique concerne, à la fois, certains travailleur·euse·s et l'ensemble de la population.

Publié le 08/06/2026
Partager cet article

Partagez cet article sur les réseaux

En un clic, partagez cet article sur vos réseaux sociaux préférés

Le cadmium est un métal lourd naturellement présent dans les sols. Toutefois, l’activité humaine a accru sa présence dans l’environnement. Les activités industrielles, historiquement importantes en Wallonie, et les engrais phosphatés utilisés dans l’agriculture intensive sont directement responsables.

Les terres agricoles sont durablement contaminées, ce qui se répercute dans notre alimentation : légumes, pain, pâtes, pommes de terre, céréales, biscuits, etc. À noter que l’agriculture biologique n’est pas épargnée mais reste bien moins concernée que les autres modes de culture.

Un danger pour la santé, surtout à long terme

Le risque sanitaire est réel et connu depuis longtemps. Dès 1993, le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer) a classé le cadmium comme agent cancérigène certain. Il est aussi mutagène (il endommage notre ADN) et toxique pour la reproduction. C'est également un perturbateur endocrinien, qui pourrait être responsable d’endométriose, de ménopause précoce et de fragilité osseuse.

En 2025, les tests révèlent que presque toute la population wallonne est exposée. Le vrai danger vient d'une exposition répétée sur le long terme, car ce métal se dégrade très lentement. L'exposition à cette pollution commence dès l’enfance mais plus on vieillit, plus le cadmium s’accumule dans l'organisme. En Belgique, le tabac, que ce soit pour les fumeur·euse·s ou leur entourage, reste la première source de contamination.

Enfin, nous ne sommes pas tous égaux face à cette pollution. Les femmes sont plus exposées que les hommes, car elles peuvent présenter des carences en fer pendant leurs règles ou leur grossesse. Le corps absorbe alors du cadmium pour compenser cette carence.

Quel risque professionnel ?

Les travailleur·euse·s des secteurs de la métallurgie du zinc, de la production de pigments, du décapage de peintures, de l'incinération des déchets, ainsi que ceux des activités de recyclage et de fabrication de batteries, sont potentiellement concernés par cette pollution. Iels peuvent en effet inhaler des fumées ou des poussières contenant du cadmium lors de la manipulation, du tri, du traitement thermique, de la soudure ou de la découpe de pièces cadmiées.

Le secteur du recyclage présente un risque plus élevé, car les expositions y sont irrégulières, plus courtes mais potentiellement plus intenses. Tout ceci rend la prévention plus difficile à mettre en place.

Quelle politique face à cette pollution ?

La situation en Belgique n’est pas aussi préoccupante qu’en France. Les engrais phosphatés produits au Maroc, qui sont davantage utilisés en France, sont plus riches en cadmium que ceux utilisés en Belgique qui proviennent des pays de l’Est. La situation belge doit toutefois être surveillée. Des zones à risque ont été clairement identifiées en Wallonie : le long du sillon Sambre et Meuse, dans la région d'Andenne, autour de Liège et dans le pays de Herve, là où les industries non-ferreuses ont été actives pendant des décennies.

Selon le SPW, jusqu’à 48 000 hectares de terres agricoles pourraient être pollués, soit 7 % des terres dites « utiles ». Cela concernerait probablement des centaines de fermes. Concrètement, deux maraîchers de la Ferme dans l’Assiette, à Olne, en province de Liège, ont dû détruire une partie de leur production.

L’AFSCA (l’Agence Fédérale pour la Sécurité de la Chaîne Alimentaire) se veut rassurante, expliquant qu’il n’y a pas de problème structurel sur le marché belge et précisant que 99 % des échantillons testés en 2024 respectent les normes. Selon elle, « les maraîchers sont responsables de la sécurité des produits qu'ils commercialisent. Ils doivent donc intégrer les risques [...] dans leur système d'autocontrôle ».

Les maraîchers et syndicats agricoles ne partagent pas le même avis. Ils réclament des mesures de dédommagement lorsque les cultures sont déclassées, arguant que, face à cette pollution historique, ils ne peuvent être tenus pour seuls responsables. Des enjeux politiques se cachent derrière : dépolluer les sols est très compliqué, mais nécessaire, soutenir le monde agricole est coûteux, mais essentiel, et reconnaître le risque sanitaire oblige à agir.

En Belgique, la réponse politique à ce problème reste évasive : le pays respecte les normes européennes. Celles-ci sont jugées trop laxistes par certains experts (y compris l’ANSES, l’Agence nationale de sécurité sanitaire française) et autorisent l'importation de produits « contaminés ». La limite actuelle est de 60 mg de cadmium par kg de P₂O₅, alors que certains experts réclament une baisse drastique à 20 mg/kg.

Que faire ?

Concernant les travailleur·euse·s, la première étape consiste à prendre conscience de ce risque. Les délégations syndicales peuvent ensuite aborder ce sujet lors d'une réunion du CPPT, afin d'en discuter avec le conseiller en prévention et leur responsable. Un contrôle technique des procédés doit être effectué (captage des fumées, ventilation, etc.), en plus de mesures de protections collectives et individuelles strictes.

Il est recommandé à la population de diversifier son alimentation pour réduire son exposition au cadmium, de manger davantage de légumineuses et d'aliments riches en fer pour bloquer l'absorption du cadmium dans l'intestin et de privilégier les aliments riches en fibres pour améliorer la digestion. Enfin, la prévention sur les dangers du tabac pour la santé doit se poursuivre.

Le cadmium pose un problème complexe qui touche à la santé, à l'environnement, à l'économie et à la politique. Nous devons prendre conscience de ce problème afin de réfléchir à des solutions, d'agir collectivement et d'exiger un suivi rigoureux de la part des différents acteurs concernés par ce risque sanitaire.

 

 

icon Nos autres articles récents

Logo de Rise

FEC - Chaussée de Haecht 579
1031 Bruxelles - 02 246 32 82

CEPAG - Rue Haute 42
1000 Bruxelles - 02 506 83 96