Le cadmium est un métal lourd naturellement présent
dans les sols. Toutefois, l’activité humaine a accru sa présence dans
l’environnement. Les activités industrielles, historiquement importantes en
Wallonie, et les engrais phosphatés utilisés dans l’agriculture intensive sont
directement responsables.
Les terres agricoles sont durablement contaminées, ce
qui se répercute dans notre alimentation : légumes, pain, pâtes, pommes de
terre, céréales, biscuits, etc. À noter que l’agriculture biologique n’est pas
épargnée mais reste bien moins concernée que les autres modes de culture.
Le risque sanitaire est réel et connu depuis
longtemps. Dès 1993, le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer)
a classé le cadmium comme agent cancérigène certain. Il est aussi mutagène (il
endommage notre ADN) et toxique pour la reproduction. C'est également un perturbateur
endocrinien, qui pourrait être responsable d’endométriose, de ménopause précoce
et de fragilité osseuse.
En 2025, les tests révèlent que presque toute la
population wallonne est exposée. Le vrai danger vient d'une exposition répétée
sur le long terme, car ce métal se dégrade très lentement. L'exposition à cette
pollution commence dès l’enfance mais plus on vieillit, plus le cadmium
s’accumule dans l'organisme. En Belgique, le tabac, que ce soit pour les fumeur·euse·s
ou leur entourage, reste la première source de contamination.
Enfin, nous ne sommes pas tous égaux face à cette
pollution. Les femmes sont plus exposées que les hommes, car elles peuvent
présenter des carences en fer pendant leurs règles ou leur grossesse. Le corps
absorbe alors du cadmium pour compenser cette carence.
Les travailleur·euse·s des secteurs de la métallurgie
du zinc, de la production de pigments, du décapage de peintures, de
l'incinération des déchets, ainsi que ceux des activités de recyclage et de
fabrication de batteries, sont potentiellement concernés par cette pollution. Iels
peuvent en effet inhaler des fumées ou des poussières contenant du cadmium lors
de la manipulation, du tri, du traitement thermique, de la soudure ou de la
découpe de pièces cadmiées.
Le secteur du recyclage présente un risque plus élevé,
car les expositions y sont irrégulières, plus courtes mais potentiellement plus
intenses. Tout ceci rend la prévention plus difficile à mettre en place.
Quelle politique face à cette pollution ?
La situation en Belgique n’est pas aussi préoccupante
qu’en France. Les engrais phosphatés produits au Maroc, qui sont davantage
utilisés en France, sont plus riches en cadmium que ceux utilisés en Belgique
qui proviennent des pays de l’Est. La situation belge doit toutefois être
surveillée. Des zones à risque ont été clairement identifiées en Wallonie : le
long du sillon Sambre et Meuse, dans la région d'Andenne, autour de Liège et
dans le pays de Herve, là où les industries non-ferreuses ont été actives pendant
des décennies.
Selon le SPW, jusqu’à 48 000 hectares de terres
agricoles pourraient être pollués, soit 7 % des terres dites « utiles ». Cela
concernerait probablement des centaines de fermes. Concrètement, deux
maraîchers de la Ferme dans l’Assiette, à Olne, en province de Liège, ont dû
détruire une partie de leur production.
L’AFSCA (l’Agence Fédérale pour la Sécurité de la
Chaîne Alimentaire) se veut rassurante, expliquant qu’il n’y a pas de problème
structurel sur le marché belge et précisant que 99 % des échantillons testés en
2024 respectent les normes. Selon elle, « les maraîchers sont responsables
de la sécurité des produits qu'ils commercialisent. Ils doivent donc intégrer
les risques [...] dans leur système d'autocontrôle ».
Les maraîchers et syndicats agricoles ne partagent pas
le même avis. Ils réclament des mesures de dédommagement lorsque les cultures
sont déclassées, arguant que, face à cette pollution historique, ils ne peuvent
être tenus pour seuls responsables. Des enjeux politiques se cachent derrière :
dépolluer les sols est très compliqué, mais nécessaire, soutenir le monde
agricole est coûteux, mais essentiel, et reconnaître le risque sanitaire oblige
à agir.
En Belgique, la réponse politique à ce problème reste
évasive : le pays respecte les normes européennes. Celles-ci sont jugées trop
laxistes par certains experts (y compris l’ANSES, l’Agence nationale de
sécurité sanitaire française) et autorisent l'importation de produits
« contaminés ». La limite actuelle est de 60 mg de cadmium par kg de
P₂O₅, alors que certains experts réclament une baisse drastique à 20 mg/kg.
Concernant les travailleur·euse·s, la première étape
consiste à prendre conscience de ce risque. Les délégations syndicales peuvent
ensuite aborder ce sujet lors d'une réunion du CPPT, afin d'en discuter avec le
conseiller en prévention et leur responsable. Un contrôle technique des procédés
doit être effectué (captage des fumées, ventilation, etc.), en plus de mesures
de protections collectives et individuelles strictes.
Il est recommandé à la population de diversifier son alimentation pour réduire son
exposition au cadmium, de manger davantage de légumineuses et d'aliments riches
en fer pour bloquer l'absorption du cadmium dans l'intestin et de privilégier
les aliments riches en fibres pour améliorer la digestion. Enfin, la prévention
sur les dangers du tabac pour la santé doit se poursuivre.
Le cadmium
pose un problème complexe qui touche à la santé, à l'environnement, à
l'économie et à la politique. Nous devons prendre conscience de ce problème
afin de réfléchir à des solutions, d'agir collectivement et d'exiger un suivi
rigoureux de la part des différents acteurs concernés par ce risque sanitaire.