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L’Europe se réchauffe rapidement et ses travailleurs sont vulnérables

L’Europe se réchauffe rapidement et ses travailleurs sont vulnérables

Contrairement aux idées reçues liées à son climat tempéré, notre petit continent est pleinement touché par la crise climatique. La conférence « Climate Change and Workers’ Health » organisée le 28 avril dernier par l’ETUI (European Trade Union Institute) à Bruxelles a fait le point sur les impacts des vagues de chaleur en milieu professionnel.

Publié le 03/06/2026
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Cette conférence organisée à l’occasion de la  Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail avait une double vocation : commémorer les personnes décédées sur leur lieu de travail et mettre en lumière les réalités et perspectives des travailleurs les plus exposés aux effets du changement climatique.

Cette thématique entrait en forte résonance avec l’actualité, marquée par la publication du Rapport 2025 sur le climat en Europe, qui constate que le continent se réchauffe plus rapidement que le reste de la planète.

Si cette réalité est évidente dans des régions déjà chaudes telles que l’Espagne, l’Italie ou la Grèce, elle concerne également d’autres territoires. Les inondations de la vallée de l’Ourthe en 2021 en sont un rappel marquant.

Les intervenants de la conférence ETUI ont proposé des approches variées visant à prévenir les atteintes à la santé et les décès des travailleurs exposés aux effets du changement climatique. Ils ont mis en avant les responsabilités des États, des institutions et des employeurs afin d’éviter la multiplication de tragédies similaires à celles commémorées le 28 avril.

Le cas des inondations de la ville de Valence a été fréquemment cité, mais d’autres situations ont également été abordées : les travailleurs migrants dans le sud de l’Espagne confrontés à des vagues de chaleur extrême sans droits sociaux, les pêcheurs migrants en Irlande ou encore les ramasseurs d’ordures au Brésil. Autant d’exemples concrets illustrant l’importance du prisme de l’intersectionnalité face à la crise climatique.

L’intersectionnalité face aux risques climatiques

L’intersectionnalité est une approche sociologique qui met en lumière la multiplicité des discriminations dont une personne peut être victime. Celles‑ci se fondent sur son genre, sa religion, son origine ethnique, son handicap, etc., et se renforcent mutuellement. Cette approche permet de mieux comprendre et de lutter plus efficacement contre les violences et inégalités subies par les personnes les plus vulnérables.

En effet, tous les travailleurs ne sont pas exposés de la même manière aux risques climatiques, qu’il s’agisse des températures extrêmes, des radiations UV, des événements météorologiques extrêmes ou encore de la pollution de l’air. Il est donc impératif de prendre en compte les vulnérabilités spécifiques de certains groupes, tels que les personnes migrantes, les mères solos ou encore les travailleurs indépendants.

Par exemple, une mère solo migrante est particulièrement vulnérable du fait de la combinaison de son statut social et de la charge du travail de soin, qui s’ajoute à son activité professionnelle. Cette accumulation de responsabilités la rend plus fragile physiquement et socialement sur le lieu de travail.

Le cas des travailleurs migrants dans la pêche irlandaise

La doctorante Emily Cunniffe, de l’université Trinity College de Dublin, a présenté le cas des travailleurs migrants employés sur les bateaux de pêche irlandais. Dans ce secteur, la législation environnementale se renforce afin de favoriser une transition vers une «économie bleue durable».

Toutefois, plusieurs cas de bateaux immobilisés pour non‑respect des normes environnementales ont mis en évidence que les travailleurs migrants à leur bord ne bénéficiaient d’aucune protection sociale et ont ainsi perdu leur emploi sans garanties.

Ce secteur en déclin emploie majoritairement des travailleurs migrants et figure parmi ceux présentant le plus grand nombre d’accidents du travail, lesquels tendent par ailleurs à augmenter sous l’effet de la crise climatique.

Il apparaît dès lors essentiel que les politiques environnementales, notamment celles relatives à la décarbonation de l’économie bleue, intègrent pleinement les dimensions sociales, les conditions de travail et la protection des travailleurs concernés.

Chiffres erronés et besoin urgent d’action

La plupart des rapports sur les décès au travail se concentrent exclusivement sur les morts liées à la chaleur, ce qui les rend largement non exhaustifs. De plus, les décès liés aux températures extrêmes sont eux‑mêmes sous‑rapportés : bien souvent, seules les morts survenues directement sur le lieu de travail sont comptabilisées, alors que certaines personnes décèdent ultérieurement, en dehors de celui‑ci, à la suite de conditions de travail dangereuses.

Ce manque de données fiables a notamment été souligné par Juan Escribano Gutiérrez, de l’université de Cordoue, lors de sa présentation intitulée « La légitimité de la participation des travailleurs à l’analyse des impacts du changement climatique au travail ».

Il existe donc un besoin urgent pour les pays européens d’adopter des mesures de protection renforcées en faveur des travailleurs les plus vulnérables face à la crise climatique.

Bien que le réchauffement global de l’Europe (estimé à environ +2,4 °C depuis l’ère industrielle) ne se limite pas aux vagues de chaleur estivales, celles‑ci constituent aujourd’hui le principal point d’entrée du débat. Une question centrale s’impose dès lors : comment protéger les travailleurs sur les chantiers, en mer, ou ceux fortement mobiles dans le cadre de leur activité professionnelle, comme les aides ménagères à domicile ?

La conclusion intermédiaire de la journée souligne qu’une approche « top‑down » est nécessaire, et que le recours aux équipements de protection individuelle reste essentiel.

Quelles solutions pour protéger les travailleurs ?

Face à ces constats, plusieurs leviers ont été mis en avant. Premièrement, il est nécessaire de renforcer la voix des travailleurs via la concertation sociale. Deux outils ont été identifiés : le droit de grève, en tant que droit fondamental, et le dialogue social au sein des entreprises. Ces leviers doivent être consolidés par les représentants des travailleurs.

Deuxièmement, la recherche doit être soutenue afin de servir de base aux conventions collectives de travail. Les études de terrain permettent de mettre en évidence la réalité vécue par les travailleurs et leurs difficultés, renforçant ainsi la capacité d’action pour améliorer les conditions de travail.

Troisièmement, l’accès à l’information est crucial. Bien que l’information circule aujourd’hui plus rapidement que jamais, de nombreuses institutions publiques et privées rencontrent des difficultés de diffusion, voire manquent à leur obligation de communication. À titre d’exemple, la ville de Valence a mis en place un système d’alerte contre les inondations à la suite de la catastrophe de 2024. Les entreprises et les employeurs doivent également s’emparer de la responsabilité en matière de prévention et de protection.

Quatrièmement, le reporting constitue un outil central. Malgré une certaine résistance culturelle à son égard, il demeure un puissant levier de responsabilisation des entreprises.

En conclusion, les intervenants ont souligné à plusieurs reprises qu’il n’était pas nécessaire de «réinventer la roue», mais plutôt de s’inspirer des pratiques existantes. De nombreuses mesures de protection des travailleurs ont été développées à la suite d’accidents du travail ou de catastrophes climatiques.

La directive européenne OSH sur la prévention et la protection au travail constitue à cet égard une base solide sur laquelle les employeurs peuvent et doivent s’appuyer pour faire face aux défis posés par la crise climatique.

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