Les travailleur·euses se sont mobilisé·es le
17 juin dernier à Mons pour sensibiliser les passants à leurs conditions de
travail, intimement liées à la toxicité des produits de nettoyage industriels
qu’ils et elles emploient quotidiennement. Ces produits ont des répercussions
sur leur santé, mais aussi sur la nôtre et sur l'environnement.
Un
travail avec du sens, mais usant
Marie-Hélène et Amanda,
travailleuses dans le secteur des titres-services,
Felice, opérateur de tri dans un centre de recyclage, et Patricia,
aide-ménagère, témoignent. Ils et elles sont
fier·es d'exercer ce métier qui leur permet d’amener une plus-value dans le
tissu social. Certains travaillent dans des secteurs au cœur de la transition
environnementale juste, comme le recyclage. D’autres offrent un équilibre entre
vie professionnelle et vie personnelle à de nombreuses personnes, une oreille
attentive à d'autres isolées, ou encore la garde d'enfants quand les parents ne
peuvent pas être présents. Leur compagnie, leur présence et leur écoute sont essentielles
pour de nombreuses personnes.
Et pourtant, ces
travailleur·euses subissent des conditions de travail éprouvantes pour le
corps. En effet, les produits qu’ils utilisent au quotidien provoquent divers problèmes de santé tels que de l'eczéma ou encore des problèmes respiratoires. En 2025, la
centrale CSC Alimentation et Service a mené une enquête qui indique que « près
d’une aide-ménagère sur trois souffre d’affections cutanées et presque autant
de troubles respiratoires liés à l’utilisation des produits d’entretien ».
Nous en sommes témoins. Les délégué·es n’hésitent pas à montrer leurs mains,
enflées à cause du manque de protection et de la répétition de leur travail en
contact avec ces produits toxiques.
Un
changement de mentalité nécessaire
Des actions comme celle-ci prennent alors tout leur sens : elles visent à sensibiliser la clientèle aux risques encourus, afin de permettre un changement des mentalités. Les déléguées rencontrées reconnaissent que certains, parmi la clientèle et les employeur·euses, sont plus « réceptifs ou plus obtus, sans doute à cause du matraquage publicitaire et des habitudes », mais elles gardent de l’espoir. Elles ajoutent qu’ « aucun client ne leur souhaite du mal. Il y a une forme d’attachement, de lien. Mais il faut être conscientisé. Ce n’est ni dans l’intérêt de l’entreprise ni dans celui du client que les aide-ménagères soient en mauvaise santé. Il est toujours possible de faire évoluer les mentalités à force d'explications ». L'adoption des produits naturels par les client·es reste variable. Le public plus jeune est également plus sensible et l'initiative de changer vient parfois même de celui-ci.
Les délégué·es relèvent également des
différences entre entreprises : le monde de l’insertion socioprofessionnelle est
plutôt réceptif, tandis que les entreprises commerciales sont plutôt
indifférentes.
Le
Ménag'score, une première étape !
Des solutions existent
et la première étape consiste à prendre conscience du problème. Pour
accompagner ce changement de mentalité, une belle avancée serait d'instaurer le
Ménag'score, un système d'étiquetage qui fournirait à toutes et tous des
informations claires et transparentes, similaire au modèle bien connu du
Nutri-Score. Les produits classés A seraient les produits à la fois sains pour
la santé et respectueux de l’environnement, tandis
que ceux classés E seraient nocifs tant pour l'humain que pour l’environnement.
Pour arriver à cette première étape, il faut continuer à sensibiliser et à militer
en faveur d’une législation plus stricte encadrant les conditions de travail
dans le secteur.
Comme le conclut une
déléguée syndicale : « Nous, humains, faisons partie de cet environnement… un
produit qui n’est pas nocif pour l’environnement ne l’est pas non plus pour
nous ».