Ce projet ambitieux
sur trois ans vise à préparer le secteur des soins de santé aux futurs défis
climatiques et environnementaux, en s’appuyant sur l’approche globale
« One Health ».
Le concept « One Health » (une seule santé) conceptualisé par l’épidémiologiste suisse Jakob Zinsstag dans les années 2000 a pris tout son sens après la pandémie de Covid-19. Il s’agit d’une approche intégrée reconnaissant que la santé humaine, animale et environnementale sont indissociables.
Le
saviez-vous ?
L'usage
excessif d'antibiotiques en élevage favorise l'apparition de bactéries
résistantes qui se propagent via les sols et l'eau ou encore la propagation de
la maladie de Lyme est partie liée à la dégradation des forêts.
Le constat est sans
appel : en Belgique, le secteur de la santé pèse pour 5,5% des émissions
de gaz à effet de serre. Sans action concrète, ce chiffre pourrait bondir à 61%
d’ici 2050.
Inspirée par les 19
ans d’expérience du C2DS en France qui regroupe 960 structures adhérentes dans
tout le pays, l’alliance veut agir sur l’information et la sensibilisation des
professionnels de la santé aux enjeux du développement durable mais aussi jouer
un rôle de facilitateur pour le déploiement d’initiatives sur base de la
diffusion de bonnes pratiques.
Les défis auxquels
le secteur de la santé fait face sont énormes. Non seulement, il doit réduire
ses émissions de gaz à effet de serre et chercher des substituts aux ressources
énergétiques fossiles dont la disponibilité s’amenuise mais il doit, en même
temps, gérer les conséquences de la dégradation des écosystèmes et des crises
climatiques sur la santé d’une population de plus en plus âgée, ainsi
qu’améliorer sa résilience.
Néanmoins, selon l’étude
« Opération zéro » publiée par la NEHAP, les émissions du secteur des
soins de santé en Belgique pourraient être réduites de 73% en 2050 par rapport
au scénario « business as usual » en prenant les mesures adéquates.
Les hôpitaux représentent, à eux
seuls, 55% des émissions dans le secteur des soins de santé, suivis par les
prestataires de soins ambulatoires (environ 22%).
L’hôpital est une ville dans la
ville et les défis auxquels il est confronté en matière de transition
écologique sont nombreux : la mobilité du personnel, des patients et des
livraisons, l’alimentation des patients et du personnel, la gestion des déchets
(organiques, liés aux soins, déchets infectieux), l’énergie et
l’écoconstruction des bâtiments dans un contexte où il faut assurer 24h/24h le
chauffage ou la climatisation pour le bien-être des patients, l’impact de
l’utilisation des outils numériques, les achats durables, l’approvisionnement
en eau et la gestion des eaux usées, etc.
Travailler sur ces différents
facteurs peut avoir un impact positif à la fois sur la santé des patients, sur
la réduction des coûts et sur l’amélioration de la préparation des institutions
de santé aux potentiels chocs qui risquent de se produire (épisodes de
canicule, problèmes d’approvisionnement énergétique, nouvelle pandémie, …).
Les sources principales des
émissions de gaz à effet de serre du secteur des soins de santé concernent les
produits pharmaceutiques et les équipements médicaux.
Outre cette dimension écologique,
le problème de l’approvisionnement en médicaments est également crucial compte
tenu de la délocalisation des chaînes de production principalement en Asie.
De nombreux médicaments, y compris indispensables, sont concernés aujourd’hui par des ruptures ou des tensions importantes au niveau des chaînes de valeur. Cette situation peut s’aggraver en cas de risques géopolitiques ou de catastrophes climatiques.
80% des antibiotiques et
de 60 à 80% de tous les médicaments sont fabriqués en Chine et en Inde.
Une étude réalisée en France en
2025 par le Shift Project estime que les émissions du secteur pharmaceutique
pourraient être réduites de 68% en travaillant notamment sur le développement
d’alternatives aux énergies fossiles, la logistique ou encore la substitution
de certains produits. La relocalisation de la production dans l’Union
européenne permettrait, à elle seule, de réduire de 40% les émissions tout en
renforçant la sécurité d’approvisionnement.
Sachant que mieux vaut prévenir
que guérir, un autre enjeu de taille est celui de la santé environnementale
quand on sait que 1,4 millions, soit au moins 15% des décès dans l’Union
européenne sont causés par des facteurs environnementaux qui pourraient être
évités.
Ici également, il
s’agit de s’attaquer aux causes même si ce domaine dépasse le cadre strict des
soins de santé.
La Belgique
figure parmi les pays européens ayant l'une des utilisations de pesticides par
hectare les plus élevées, ce qui augmente mécaniquement les risques
d'exposition environnementale.
La transition
écologique n’est pas qu’une question technique, c’est une question humaine et
organisationnelle. En Wallonie, la santé mobilise 14% de la population active
et environ 25% de la population active féminine dont 47% à temps partiel. Il
faut y ajouter plus de 30 000 emplois directs dans l’industrie pharmaceutique.
Pour RISE, cette
transition doit devenir un objet de dialogue social permanent afin de
transformer les contraintes environnementales en opportunités de progrès
social.
La réussite de
l’alliance AseT-W repose sur l’adhésion de ceux qui la mettent en œuvre. Qu’il
s’agisse de modifier les procédures de gestion des déchets, de repenser
l’alimentation des patients et du personnel ou encore d’optimiser l’usage des
outils numériques, les solutions viennent souvent de ceux qui connaissent le
mieux leur travail.
La concertation
sociale peut permettre de faire remonter ces expertises de sorte à les
implémenter sans alourdir la charge de travail.
Un axe important de
la concertation sociale est également la substitution des substances toxiques.
En particulier, l’exposition des travailleurs - en particulier, les femmes
majoritaires dans ce secteur - aux perturbateurs endocriniens contenus,
notamment, dans les produits de désinfection représente un enjeu de santé
publique.
Négocier des
protocoles de nettoyages plus écologiques, par exemple, non seulement réduit la
pollution mais représente une mesure directe d’amélioration de la santé et de
la sécurité au travail.
Sur le plan de la
mobilité, les plans de déplacements d’entreprises doivent être négociés pour
offrir aux travailleurs des alternatives à la fois plus durables, adaptées à
leurs besoins et plus économiques.
Les programmes de formation
devront intégrer notamment les enjeux de l’éco-conception des soins. La
question des métiers en pénurie peut elle aussi être adressée à travers la
transition du secteur des soins de santé.
En effet, l’attractivité du secteur est un
élément important. Une enquête réalisée par C2DS en 2021 auprès de 1200
professionnels de santé ont démontré que 90% des répondants souhaitaient
travailler dans des établissements exemplaires sur le plan de l’environnement.
La décarbonation ne
doit pas se faire au détriment de l’emploi ou des conditions de travail. La
transition juste implique que les économies d’énergie réalisées sur l’énergie
ou les ressources soient réinvesties dans l’amélioration des conditions de
travail et la résilience du système de soins face aux futurs chocs sanitaires.
En conclusion, il
s’agit d’allier création d’emplois durables, justice sociale et protection des
écosystèmes et de la santé humaine pour garantir un futur viable à tous.