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Santé en transition : La Wallonie lance l’alliance AseT-W

Santé en transition : La Wallonie lance l’alliance AseT-W

Le 12 février dernier, RISE a assisté au lancement de l’alliance Santé en Transition en Wallonie (AseT-W).

Publié le 09/03/2026
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Ce projet ambitieux sur trois ans vise à préparer le secteur des soins de santé aux futurs défis climatiques et environnementaux, en s’appuyant sur l’approche globale « One Health ».

Le concept « One Health » (une seule santé) conceptualisé par l’épidémiologiste suisse Jakob Zinsstag dans les années 2000 a pris tout son sens après la pandémie de Covid-19. Il s’agit d’une approche intégrée reconnaissant que la santé humaine, animale et environnementale sont indissociables.


Le saviez-vous ?

L'usage excessif d'antibiotiques en élevage favorise l'apparition de bactéries résistantes qui se propagent via les sols et l'eau ou encore la propagation de la maladie de Lyme est partie liée à la dégradation des forêts.


Le constat est sans appel : en Belgique, le secteur de la santé pèse pour 5,5% des émissions de gaz à effet de serre. Sans action concrète, ce chiffre pourrait bondir à 61% d’ici 2050.

Inspirée par les 19 ans d’expérience du C2DS en France qui regroupe 960 structures adhérentes dans tout le pays, l’alliance veut agir sur l’information et la sensibilisation des professionnels de la santé aux enjeux du développement durable mais aussi jouer un rôle de facilitateur pour le déploiement d’initiatives sur base de la diffusion de bonnes pratiques.

Les défis auxquels le secteur de la santé fait face sont énormes. Non seulement, il doit réduire ses émissions de gaz à effet de serre et chercher des substituts aux ressources énergétiques fossiles dont la disponibilité s’amenuise mais il doit, en même temps, gérer les conséquences de la dégradation des écosystèmes et des crises climatiques sur la santé d’une population de plus en plus âgée, ainsi qu’améliorer sa résilience.

Néanmoins, selon l’étude « Opération zéro » publiée par la NEHAP, les émissions du secteur des soins de santé en Belgique pourraient être réduites de 73% en 2050 par rapport au scénario « business as usual » en prenant les mesures adéquates.

L’hôpital, ville dans la ville

Les hôpitaux représentent, à eux seuls, 55% des émissions dans le secteur des soins de santé, suivis par les prestataires de soins ambulatoires (environ 22%).

L’hôpital est une ville dans la ville et les défis auxquels il est confronté en matière de transition écologique sont nombreux : la mobilité du personnel, des patients et des livraisons, l’alimentation des patients et du personnel, la gestion des déchets (organiques, liés aux soins, déchets infectieux), l’énergie et l’écoconstruction des bâtiments dans un contexte où il faut assurer 24h/24h le chauffage ou la climatisation pour le bien-être des patients, l’impact de l’utilisation des outils numériques, les achats durables, l’approvisionnement en eau et la gestion des eaux usées, etc.

Travailler sur ces différents facteurs peut avoir un impact positif à la fois sur la santé des patients, sur la réduction des coûts et sur l’amélioration de la préparation des institutions de santé aux potentiels chocs qui risquent de se produire (épisodes de canicule, problèmes d’approvisionnement énergétique, nouvelle pandémie, …).

La question des achats

Les sources principales des émissions de gaz à effet de serre du secteur des soins de santé concernent les produits pharmaceutiques et les équipements médicaux.

Outre cette dimension écologique, le problème de l’approvisionnement en médicaments est également crucial compte tenu de la délocalisation des chaînes de production principalement en Asie.

De nombreux médicaments, y compris indispensables, sont concernés aujourd’hui par des ruptures ou des tensions importantes au niveau des chaînes de valeur. Cette situation peut s’aggraver en cas de risques géopolitiques ou de catastrophes climatiques.


Le saviez-vous ?

80% des antibiotiques et de 60 à 80% de tous les médicaments sont fabriqués en Chine et en Inde.


Une étude réalisée en France en 2025 par le Shift Project estime que les émissions du secteur pharmaceutique pourraient être réduites de 68% en travaillant notamment sur le développement d’alternatives aux énergies fossiles, la logistique ou encore la substitution de certains produits. La relocalisation de la production dans l’Union européenne permettrait, à elle seule, de réduire de 40% les émissions tout en renforçant la sécurité d’approvisionnement.

La santé environnementale

Sachant que mieux vaut prévenir que guérir, un autre enjeu de taille est celui de la santé environnementale quand on sait que 1,4 millions, soit au moins 15% des décès dans l’Union européenne sont causés par des facteurs environnementaux qui pourraient être évités.

Ici également, il s’agit de s’attaquer aux causes même si ce domaine dépasse le cadre strict des soins de santé.

 

Le saviez-vous ?

La Belgique figure parmi les pays européens ayant l'une des utilisations de pesticides par hectare les plus élevées, ce qui augmente mécaniquement les risques d'exposition environnementale.


Pourquoi est-ce un enjeu syndical majeur ?

La transition écologique n’est pas qu’une question technique, c’est une question humaine et organisationnelle. En Wallonie, la santé mobilise 14% de la population active et environ 25% de la population active féminine dont 47% à temps partiel. Il faut y ajouter plus de 30 000 emplois directs dans l’industrie pharmaceutique.

Pour RISE, cette transition doit devenir un objet de dialogue social permanent afin de transformer les contraintes environnementales en opportunités de progrès social.

Le travailleur est le meilleur expert

La réussite de l’alliance AseT-W repose sur l’adhésion de ceux qui la mettent en œuvre. Qu’il s’agisse de modifier les procédures de gestion des déchets, de repenser l’alimentation des patients et du personnel ou encore d’optimiser l’usage des outils numériques, les solutions viennent souvent de ceux qui connaissent le mieux leur travail.

La concertation sociale peut permettre de faire remonter ces expertises de sorte à les implémenter sans alourdir la charge de travail.

Santé/sécurité et conditions de travail

Un axe important de la concertation sociale est également la substitution des substances toxiques. En particulier, l’exposition des travailleurs - en particulier, les femmes majoritaires dans ce secteur - aux perturbateurs endocriniens contenus, notamment, dans les produits de désinfection représente un enjeu de santé publique.

Négocier des protocoles de nettoyages plus écologiques, par exemple, non seulement réduit la pollution mais représente une mesure directe d’amélioration de la santé et de la sécurité au travail.

Sur le plan de la mobilité, les plans de déplacements d’entreprises doivent être négociés pour offrir aux travailleurs des alternatives à la fois plus durables, adaptées à leurs besoins et plus économiques.

Anticiper l’évolution des métiers

Les programmes de formation devront intégrer notamment les enjeux de l’éco-conception des soins. La question des métiers en pénurie peut elle aussi être adressée à travers la transition du secteur des soins de santé.

 En effet, l’attractivité du secteur est un élément important. Une enquête réalisée par C2DS en 2021 auprès de 1200 professionnels de santé ont démontré que 90% des répondants souhaitaient travailler dans des établissements exemplaires sur le plan de l’environnement.

Implémenter la transition juste

La décarbonation ne doit pas se faire au détriment de l’emploi ou des conditions de travail. La transition juste implique que les économies d’énergie réalisées sur l’énergie ou les ressources soient réinvesties dans l’amélioration des conditions de travail et la résilience du système de soins face aux futurs chocs sanitaires.

En conclusion, il s’agit d’allier création d’emplois durables, justice sociale et protection des écosystèmes et de la santé humaine pour garantir un futur viable à tous.

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