@Sudinfo
Ce changement de cap, qu’il raconte dans Reprendre
le contrôle, ouvre chez lui une véritable prise de conscience écologique et
l’amène à revoir en profondeur ses priorités, son travail et son mode de vie.
Loin de se poser en « écolo irréprochable », il assume
avoir longtemps profité d’un système qu’il estime désormais
destructeur, ce qui donne à son récit une
dimension à la fois personnelle et politique. Aujourd’hui à la tête du média LIMIT et actif comme vulgarisateur des enjeux climatiques,
il relit sans complaisance ce trajet qui l’a fait
passer des studios de Fun Radio aux fronts de la transition écologique.
Ce qu’il raconte, ce n’est pas
seulement un tournant de vie, mais une inquiétude largement partagée : comment continuer à croire en l’avenir alors que les signaux d’alerte se multiplient. Pour lui, la crise écologique ne peut plus être reléguée au rang de bruit de fond dans les
journaux télévisés ou abandonnée aux seul·es scientifiques et négociateurs de
COP. Il en fait le symptôme des limites atteintes par un modèle qui repose sur la croissance infinie, la surconsommation de
ressources et l’idée que la
nature comme les corps pourraient encaisser sans fin. Derrière des notions
comme réchauffement climatique, effondrement de la biodiversité ou pression sur
l’eau, le livre rappelle qu’il s’agit très concrètement de santé, de logement,
d’emplois, de droits sociaux et de qualité de vie. Pour l’auteur, continuer «
comme avant » n’est plus une option, et le refoulement collectif n’empêche pas
les effets très concrets de la crise sur les conditions de vie et de travail.
Le choix du titre, Reprendre
le contrôle, annonce l’ambition du livre :
sortir du sentiment d’impuissance. Pour Vinz Kanté,
reprendre la main commence par un travail intérieur : identifier le moment où quelque
chose se fissure, où l’on ne
parvient plus à justifier certains arbitrages en
termes de consommation, de carrière ou de
reconnaissance sociale. C’est ensuite un geste de résistance face à la captation
permanente de notre attention par les écrans, les flux
d’infos et les contenus qui détournent l’œil des enjeux essentiels. L’auteur montre comment ce brouhaha numérique installe un
sentiment d’impuissance :
on sait que la planète se dérègle, mais la dispersion permanente empêche d’entrer vraiment dans le sujet, de s’informer
en profondeur, de débattre, puis d’agir. Son
invitation est claire : se
réapproprier du temps, de la concentration et
des repères communs pour pouvoir à nouveau peser sur les choix collectifs plutôt que de subir les
décisions des autres.
L’essai va toutefois bien au-delà
d’un simple récit de reconversion. Il propose une réflexion militante où se
croisent psychologie, limites planétaires et pouvoir d’agir collectif. Vinz
Kanté rappelle que la planète, les écosystèmes et nos corps obéissent à des
contraintes physiques qu’aucune innovation ne pourra totalement contourner.
Plutôt que de vivre ces limites comme des entraves, il y voit des points
d’appui pour inventer d’autres manières de produire, de consommer et de se
déplacer, en assumant la rupture avec un modèle économique qui détruit le
vivant et creuse les écarts de richesse. Retrouver un pouvoir d’agir, même
modeste, devient pour lui la première marche d’un basculement plus large – une
« révolution » qu’il présente à la fois
comme un défi colossal et comme une chance historique à ne pas laisser passer.
L’auteur montre que l’écologie
gagne à être abordée à partir des existences ordinaires, des contradictions
intimes, des besoins de sécurité matérielle et de reconnaissance
professionnelle. Cette manière de faire est précieuse pour parler du climat et
des limites planétaires à des travailleuses et travailleurs qui ont parfois le
sentiment que la transition repose surtout sur leurs épaules, tandis que les
grands acteurs économiques continuent d’émettre massivement. En exposant
lui-même ses zones d’incohérence – l’envie de voyager, de consommer, de
profiter des avantages du système – Vinz Kanté ouvre un espace de discussion
moins culpabilisant, où l’écologie peut être envisagée d’abord comme une
question de justice et de répartition des efforts.
Vinz Kanté décrit un système
économique tiré par la publicité, la surenchère commerciale et la compétition,
qui use à la fois la planète et les corps au travail. Il insiste sur la
fracture entre celles et ceux qui tirent profit de ce modèle – grandes multinationales
et détenteurs de capitaux – et celles et ceux qui, en bas de la chaîne,
subissent le plus directement les impacts de la crise écologique sur leur
santé, leur emploi et leur quotidien. De là découlent des questions typiques de
la « transition juste » : comment organiser le
changement de nos modes de production et de transport sans sacrifier des
secteurs entiers, des territoires, des métiers ?
Pour les militantes et
militants, Reprendre le contrôle peut servir de support à des
moments de réflexion et d’échanges collectifs. Le parcours raconté par Vinz
Kanté offre un exemple de « déclic » qui permet d’inviter chacun·e à interroger son rapport au travail, à la consommation, à la réussite sociale, mais aussi sa vision de l’avenir.
Le livre encourage à poser un regard critique sur ce qui
absorbe l’énergie dans les entreprises : surcharge numérique, pression à la
disponibilité, intensification des cadences,
mobilités contraintes, autant de réalités qui ont des effets sur la santé au
quotidien et renvoient aux dérèglements environnementaux. Il contribue enfin à
nourrir un récit plus désirable de l’écologie :
non pas une suite d’interdits, mais une occasion de
revendiquer de nouveaux droits – du temps libéré, une meilleure protection sociale,
des services publics renforcés, des activités relocalisées et du sens retrouvé dans le travail.
En refermant l’ouvrage, l’idée
qui reste est que reprendre la main sur nos vies et sur l’orientation de nos
sociétés n’a rien d’un caprice individuel :
c’est devenu une condition de survie
collective. Le livre sonne comme un appel à inscrire
les enjeux écologiques au cœur même des revendications, non comme un dossier à part, mais comme une grille de lecture commune qui relie
conditions de travail, justice sociale et protection du vivant.
Vinz Kanté a commencé par
reprendre le contrôle sur sa propre vie avant de nous inviter à en faire
autant. À notre tour, la question devient simple et dérangeante à la fois : qu’est-ce que je décide de changer, dès maintenant,
pour que l’avenir reste vivable – pour moi, pour les autres, pour le monde que je laisse derrière moi ?
Site Web : https://www.limit.media/
Lien de la châine YouTube : https://youtube.com/@limitmedia?si=Pgq28c5K5hfOzIyh