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Comment faire face à l’augmentation du prix de l’énergie due à la crise au Moyen-Orient ?

Comment faire face à l’augmentation du prix de l’énergie due à la crise au Moyen-Orient ?

Il est difficile de savoir à l’heure actuelle combien de temps durera la crise énergétique actuelle et quel sera son impact réel sur la facture énergétique des ménages et sur l’économie.

Publié le 21/04/2026
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Néanmoins, l’impact ne sera pas le même pour tout le monde en fonction du niveau de revenu et des usages.

Pour un certain nombre de ménages, l’augmentation actuelle du prix à la pompe peut tout à fait être absorbée sans trop de difficulté, d’autant plus que des changements de comportement, comme réduire sa vitesse sur autoroute, faire davantage de télétravail quand cela est possible, utiliser les transports publics ou encore optimiser ses déplacements, peuvent alléger les conséquences des augmentations de prix.

À titre d’exemple, une personne qui roule 13 000 km par an et consomme 6 litres aux 100 km, si le prix du diesel passe de 1,5 euros à 2,2 euros au litre, verra sa facture annuelle augmenter de 546 euros, soit 45,5 euros par mois.

Un ménage aisé disposant d’une voiture électrique et d’un logement parfaitement isolé ne sera que faiblement touché.

Pour les ménages précarisés, en revanche, l’addition risque d’être salée et d’aggraver la spirale de la pauvreté. En effet, outre l’augmentation des prix de l’énergie, l’inflation risque, si la crise se prolonge, de toucher l’ensemble des biens de consommation. Cette inflation est déjà en cours. L'inflation annuelle de la zone euro est montée à 2,5 % en mars, contre 1,9 % en février. Cela marque le taux le plus élevé depuis janvier 2025.  Pour la Belgique, les prévisions tablent sur une inflation de 3,2 % pour 2026. N’oublions pas que de nombreux biens et services sont très dépendants du pétrole : la fabrication des intrants agricoles, le transport des marchandises, et la quasi-totalité des produits et des biens que nous utilisons quotidiennement sont fabriqués à base de pétrole, des vêtements que nous portons aux produits cosmétiques, en passant par les innombrables objets en plastique que nous utilisons.

Face à l’augmentation des prix de l’énergie, il s’agit prioritairement d’aider les ménages les plus exposés aux hausses de prix en raison de la faiblesse de leurs revenus au regard de leurs besoins de consommation. Nous devons, à plus long terme, organiser la sortie quasi totale des énergies fossiles pour le climat, pour réduire notre dépendance dans un contexte géopolitique de plus en plus instable, pour sécuriser notre approvisionnement, et pour assurer l’accès de toutes et tous à l’énergie.

Quelles sont les pistes :

-          Faire contribuer les profiteurs de la guerre au Moyen-Orient

En mars 2026, les entreprises pétrolières de l’Union européenne ont réalisé 2,5 milliards d’euros de bénéfices supplémentaires grâce à la hausse du prix des carburants. En Belgique, cela représente 2,3 millions d’euros par jour.[1] Alors que les grands groupes pétroliers et les raffineurs (très présents en Belgique) voient leurs marges bénéficiaires exploser, qu’attend-on pour aller récupérer une partie de ces surprofits ?

-          Élargissement du tarif social au statut BIM[2]

En 2022, 21,8% des ménages wallons étaient en situation de précarité énergétique. Le tarif social a déjà prouvé, lors de la crise énergétique de 2022, son efficacité pour prémunir les ménages les plus exposés à la fluctuation des prix du gaz et de l’électricité.

Environ 10% des ménages belges bénéficient de ce tarif. La Banque Nationale de Belgique (BNB), notamment, a reconnu qu’il s’agissait de l’un des dispositifs les plus performants pour protéger les consommateurs vulnérables.

Lors de la précédente crise de l’énergie, l’élargissement du tarif social aux bénéficiaires de l’intervention majorée (BIM) a représenté un coût de 1,49 milliard d’euros.

Pour financer cette extension, l’État a pu compter, entre autres, sur les recettes exceptionnelles de la taxe sur les surprofits des producteurs d’électricité estimée à 1,2 milliard d’euros pour la période 2022-2024.

-          Plan social climat

Parallèlement à l’aide financière, il convient d’offrir aux consommateurs vulnérables les moyens de développer des alternatives à l’usage des combustibles fossiles.

En effet, isoler son logement, installer une pompe à chaleur, des panneaux solaires ou électrifier sa mobilité demande de réaliser des investissements coûteux qui sont loin d’être à la portée de toutes et tous sans oublier les locataires dépendants de la bonne volonté du bailleur.

Afin d’anticiper les investissements nécessaires pour atténuer les conséquences de l’ETS2 (taxe carbone) sur les ménages vulnérables, un Fonds Social Climat va être mis en place au niveau de l’Union européenne. Environ 25 % des revenus de l’ETS2 iront dans ce Fonds. Pour la période 2027-2032, la Wallonie disposera ainsi de 546,9 millions d’euros, auxquels elle devra ajouter un cofinancement de 25 %, soit au total 729 millions d’euros.

Les 75 % restants sont estimés entre 5,4 et 7,6 milliards d’euros sur la période 2027-2030 pour la Belgique mais doivent encore faire l’objet d’une répartition entre les entités fédérées.

Selon la Commission européenne, les moyens du Fonds social climat doivent permettre d’offrir un soutien ciblé aux ménages, aux usagers des transports et aux microentreprises les plus durement touchés par l'introduction d'une tarification du carbone. Ils peuvent être utilisés pour financer des politiques additionnelles aux mesures structurelles déjà en place au niveau des États membres ou pour offrir un soutien aux revenus. 

Le reste des recettes devra être utilisé prioritairement pour atténuer l'impact social et économique de l’ETS2 sur les groupes et les entreprises vulnérables ou pour accélérer la transition climatique en soutenant des mesures de décarbonation. 

La Wallonie a décidé de cinq mesures dans le cadre de son Plan social climat qui sont :

-          La rénovation de 3100 logements publics.

-          L’attribution de chèques mobilité.

-          Le transport à la demande.

-          L’accompagnement des micro-entreprises vulnérables.

-          La rénovation énergétique de 93 logements sociaux dans la Communauté germanophone.

Ces mesures doivent, impérativement, être complétées et amplifiées par les 75% de recettes directes de l’ETS2 permettant, notamment, de promouvoir la rénovation énergétique par quartier, le déploiement de réseaux de chaleur ou encore la lutte contre l’insalubrité qui influence également grandement le confort thermique des ménages.

-          Développer des transports publics performants et accessibles

Parallèlement aux mesures financées par les recettes de l’ETS2, l’investissement dans des transports publics performants représente clairement une solution qui allie à la fois le développement d’alternatives à la voiture et la lutte contre le changement climatique. Il s’agit d’une mesure de transition juste par excellence.

-          Le développement des énergies renouvelables et le renforcement du réseau de distribution

Le développement des énergies renouvelables représente une priorité absolue, à la fois pour réduire, à terme, notre dépendance aux combustibles fossiles et pour respecter les objectifs climatiques.

En 2023, la production nette d’électricité renouvelable, principalement éolienne et solaire, a atteint 22% de la production nette d’électricité totale en Wallonie, ce qui représente 44% de l’objectif fixé par le PACE 2030 (Plan Air Climat Energie).[3]

La poursuite des investissements est indispensable pour atteindre les objectifs fixés, mais il importe également que les bénéfices issus de la production d’électricité renouvelable, plutôt que d’être distribués sous forme de dividendes aux actionnaires des grands groupes énergétiques, soient réinvestis au bénéfice de la collectivité, notamment pour financer la rénovation énergétique du parc de logement. C’est la raison pour laquelle il s’agit de prioriser les projets éoliens public-citoyens, le développement des coopératives de production d’énergie verte ou encore les communautés d’énergie pour lesquelles la Wallonie reste à la traîne par rapport à Bruxelles. Ce type de projets offre, en outre, l’avantage de maintenir un prix de l’énergie maîtrisé, moins dépendant des variations du marché.

Parallèlement, le renforcement du réseau de distribution, allié à l’amélioration de l’efficacité énergétique, est vital pour permettre l’électrification croissante des usages et la gestion de l’offre et de la demande sur le réseau.

Plus particulièrement, la réalisation de la Boucle du Hainaut qui est le chaînon manquant pour amener l'électricité verte aux entreprises de toute la Wallonie ne peut plus être retardée. Il s’agit d’une condition nécessaire à la décarbonation de l’industrie et au maintien de l’emploi régional sachant que des entreprises comme celle d'Artbois à Étalle envisagent déjà sérieusement de se délocaliser en France, en Allemagne ou au Grand-Duché de Luxembourg et que de nombreuses autres sont dans l’attente d’un raccordement.

-          Plafonnement du prix du gaz et de l’électricité

Dans l’Union européenne, le prix de l’électricité est couplé au prix du gaz. Pourtant, si on reprend les chiffres de 2024, alors que seuls 17,6% de l’électricité en Belgique est produite à partir du gaz naturel, les prix de l’électricité montent en flèche à chaque crise géopolitique.

En 2022, l’Espagne et le Portugal ont négocié le plafonnement du prix du gaz, permettant ainsi à la fois de faire baisser le prix de l’électricité mais également de limiter les profits exceptionnels réalisés par les autres producteurs, notamment nucléaires dont l’outil de production est amorti depuis longtemps. La mise en œuvre d’un même mécanisme en Belgique permettrait, en outre, de renforcer l’avantage compétitif de l’électricité par rapport aux combustibles fossiles, et partant, d’encourager la décarbonation de l’économie.

-          Sortir de la libéralisation…

Clairement, la libéralisation des marchés du gaz et de l’électricité a été un échec. Alors qu’elle devait favoriser la baisse des prix grâce à la mise en concurrence, elle s’est traduite en réalité par une complexification pour le citoyen, une plus grande volatilité des prix et l’explosion de la précarité énergétique.

L’accès à l’énergie constitue un droit fondamental au même titre que l’éducation, la santé ou la mobilité. Il ne doit pas dépendre ni de la spéculation, ni de la variation des cours en temps réel, d’autant plus que le rapport de force entre les consommateurs et les acteurs du marché est complètement déséquilibré.

Une gestion publique du secteur de l’énergie permettrait de réguler les tarifs afin que les prix payés par les consommateurs soient fonction du coût moyen et optimisé du mix énergétique, mais aussi de développer un plan d’équipement qui assure une indépendance énergétique maximale et une sécurité d’approvisionnement maîtrisée.

-          Fausses bonnes idées

En revanche, l’attribution d’une tranche de consommation énergétique gratuite à tous les ménages y compris en fonction de la composition du ménage ou la mise en place d’une tarification progressive de l’énergie s’avèrent plus discutables. En effet, si la consommation énergétique est corrélée au niveau de revenu, elle est influencée également par bien d’autres facteurs comme la taille du logement ou la performance énergétique de celui-ci. Par conséquent, sachant que les ménages les plus précarisés habitent le plus souvent dans des passoires énergétiques, ce type de mesure risque, finalement, de bénéficier aux ménages aisés qui, eux, ont la capacité d’investir dans l’isolation de leur logement. Cela ne représenterait donc pas un soutien significatif pour celles et ceux qui en ont le plus besoin au contraire de l’extension du tarif social. Une tarification progressive de l’énergie peut encourager l’adoption de comportements de sobriété, mais elle reste sans effet pour des ménages qui adoptent déjà ces comportements en permanence faute de moyens financiers et dont la surconsommation dépend de leurs conditions de logement.

De la même façon, la réduction des taxes sur l’énergie pèse sur les finances publiques sans toucher aux surprofits générés par les grands groupes énergétiques qui spéculent sur le prix de l’énergie et profitent de la crise pour tirer les prix vers le haut. Ce type de mesure risque, finalement, de se traduire par une prime aux multinationales de l’énergie en raison de la prise en charge des externalités négatives de la crise par les pouvoirs publics, alors qu’il faudrait, au contraire, faire contribuer ces entreprises, au regard des profits exorbitants qu’elles engrangent.



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