À notre arrivée,
Françoise Gaudron, infirmière au bloc opératoire et déléguée syndicale, nous
accueille. Elle nous mène jusqu’à une petite salle de réunion tamisée, où
Laurence Jadin, anesthésiste, passionnée de développement durable, s’apprête à
nous présenter son travail.
Son projet repose sur plusieurs axes : la récupération des gaz anesthésiants et la modification des pratiques en la matière, le tri des déchets, la lutte contre le matériel à usage unique.
Avant de détailler
chaque mesure mise en place, Laurence explique au groupe que cette initiative est
née de son propre intérêt pour le développement durable. Elle a commencé par
participer à des conférences à ce sujet, puis à se documenter grâce à de
nombreuses revues scientifiques. Elle rappelle ainsi que cette étape de
recherche est fondamentale à tout changement de pratique sur le lieu de travail,
quel que soit le sujet.
Elle rappelle aussi, avec une pointe de dérision, que le changement ne s’opère pas du jour au lendemain, et que bien que ses collègues se soient d’abord montrés récalcitrants, avec le temps et la patience des personnes convaincues, les pratiques ont fini par évoluer. “Aujourd’hui, on ne pourrait pas faire marche arrière, les collègues refuseraient !” ajoute Françoise.
Les gaz médicaux
Nous le comprenons dès le début la présentation, les pratiques anesthésiques d’un hôpital ont un impact écologique très élevé. L’on apprend tout d’abord que l’endormissement du patient est assuré par voie intraveineuse ou par l’utilisation de gaz anesthésiants, tels que le desflurane et le sévoflurane. Lorsque l’option du gaz anesthésiant est retenue afin d’assurer l’endormissement, il est courant d’y associer du protoxyde d’azote (N₂O), ce qui renforce l’effet des agents anesthésiques.
Nous apprenons également pourquoi ces gaz ont un impact environnemental important : à partir de la dose du gaz anesthésiant ajouté au mélange Oxygène/N₂O généralement administrée, 95% de gaz est perdu (pour des raisons physico-chimiques). Non seulement cette perte de gaz représente un gaspillage important mais en plus, elle est relâchée directement dans la nature.
À Mont-Godinne, les pratiques ont donc été réétudiées. L’utilisation du desflurane a tout simplement été supprimée, substitué par le sévoflurane. Ce premier gaz est 20 fois plus polluant que le second et les effets sur le patient sont similaires. L’administration de N₂O en supplément aux autres gaz anesthésiants a été réduite : son usage est à présent très rare.
Ces mesures
concilient ainsi la qualité des soins et le respect de l’environnement.
Laurence a également instauré l’utilisation d’une machine destinée à récupérer les pertes de gaz au bloc opératoire. Bien que son fonctionnement ne soit pas encore optimal, cette initiative représente déjà un progrès significatif par rapport à l’absence de dispositif de récupération.
Le tri des déchets
Après la
présentation théorique, place à la visite du bloc opératoire. Nous enfilons
toutes et tous une combinaison (réutilisable) et des chaussures en caoutchouc
(réutilisables) avant d’entrer dans la salle d’opération.
Nous prenons alors connaissance
des différents sacs de tri : les sacs jaunes “B2” sont prévus pour tous les
déchets dits “à risque”, soit les déchets “de soins de santé avec risque microbiologique
et/ou radioactif et/ou toxique (déchets infectieux, coupants, médicaments cytotoxiques)”.
Ensuite, les sacs noirs de déchets “B1”, les “déchets ménagers
assimilés”, qui aujourd’hui (et grâce au travail de Laurence Jadin), sont
sous-divisés en plusieurs sacs afin d’être recyclés. Les plastiques vont dans
les sacs blancs, par exemple. Les papiers et les cartons dans un autre sac.
“On a demandé aux travailleur·euse·s
combien de poubelles il·elle·s ont chez eux. Comme (presque) tout le monde, ils
en ont quatre. Alors pourquoi ça serait différent ici?” raconte Françoise.
Le verre est le
dernier matériau dont le recyclage n’est pas établi : les flacons de petite
taille, par exemple, portent des étiquettes ou autres bouchons métalliques. Un
mélange de matériaux de nature trop différente, donc trop difficile à trier.
Mais l'équipe développement durable compte bien s’atteler à cette problématique
dans un futur proche.
Après notre visite du bloc opératoire, nous retrouvons la responsable
logistique de l’hôpital, qui nous montre les différents conteneurs de déchets :
bois, cartons, papiers, plastiques souples, frigolite, PMC (localisé), huiles
fritures, déchets de labo, RECUPEL.
Le tri des déchets permet de réduire l’impact environnemental de l’hôpital et d’effectuer des économies : entre 2009 et 2013, par exemple, bien que le volume total des déchets de l’hôpital ait augmenté, une réduction des coûts est apparue grâce aux catégories de déchets moins onéreuses et à l’optimisation des supports de collecte. Le tri des déchets a permis de réduire le volume des déchets B2, plus onéreux à traiter et plus polluants, en plus de représenter un effort environnemental conséquent.
La lutte contre le matériel à usage unique
L’augmentation des
déchets hospitaliers s’explique principalement par le remplacement du matériel
opératoire réutilisable par des dispositifs à usage unique, une tendance
fortement accentuée par la crise sanitaire liée à la COVID-19.
Une étude de
l’Université de Gand à ce sujet confirme que “le glissement vers l’usage unique
a été favorisé par le faible coût d’achat, la facilité d’utilisation, la
sécurité du patient, le gain de temps et les épidémies passées”. Tout ceci a
cependant un coût environnemental très élevé.
Laurence et
Françoise nous expliquent que bien que le coût d’achat de matériel à usage
unique est bas, il suffit de se projeter à long terme pour se rendre à
l’évidence environnementale et économique : le matériel réutilisable coûte
moins cher après quelques utilisations.
Et pourtant, les
lobbys pharmaceutiques continuent de promouvoir l’usage de matériel jetable.
Par exemple, les masques diffuseurs de gaz anesthésiants, composés non
seulement du masque en silicone mais aussi de tubes en plastique, sont
aujourd’hui vendus à usage unique. Les calottes et tenues de bloc opératoire
également. Le laryngoscope, outil en métal fait pour surveiller les cordes
vocales pendant l’intubation, a été remplacé par de l’usage unique également.
Mais plus à l’hôpital de Mont-Godinne! Tout ce matériel est réutilisé grâce à un service de stérilisation efficace.
Le changement est en route
Le projet de développement durable du service de Laurence Jadin est devenu une réalité grâce à sa motivation, ainsi qu’à celle de Françoise Gaudron, de la responsable de la logistique et au soutien de la direction du CHU Mont-Godinne. Il représente à nos yeux un projet exemplaire illustrant ce que peut être un projet environnemental à l’initiative des travailleur·euse·s.
Grâce à ce projet,
d’ailleurs, une infirmière en stage à Mont-Godinne s’est imprégnée des pratiques
pour ensuite les appliquer sur son nouveau lieu de travail, au CHR de Namur.
Le secteur de la
santé est souvent oublié lorsqu’on pense à la crise climatique, alors qu’à lui
seul, il représente 8% des émissions de gaz à effet de serre en Belgique. La
prise de conscience progresse peu à peu, et les initiatives portées par les
professionnel·le·s de santé constituent un levier puissant pour impulser le
changement.
Pour répondre aux
enjeux climatiques de la Wallonie, le ministre de l’Environnement Yves
Coppieters a lancé l’Alliance Santé en Transition en Wallonie (ASeT-W). Ce
projet cherche à mobiliser les hôpitaux de Wallonie qui voudraient renforcer
leur transition juste. Vous trouverez plus de renseignements ici.
Vous voulez mettre en place un projet environnemental ou de mobilité au sein de votre entreprise? Toute l’équipe de la cellule RISE et mobilité est là pour vous aider!