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J’ai lu pour vous : Les vipères ne tombent pas du ciel. L’écologie au défi des classes populaires

J’ai lu pour vous : Les vipères ne tombent pas du ciel. L’écologie au défi des classes populaires

Eric Aeschimann (Editions Les Liens qui libèrent)

Publié le 19/01/2026
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Pendant l’été 1976, une rumeur étrange a vu le jour et s’est propagée dans les campagnes françaises jusqu’à la fin des années 80. Les écologistes organiseraient des lâchers de vipères par les airs.

C’était le premier symptôme d’un rejet de l’écologie, prônée par les intellectuels urbains et diplômés, par les classes populaires, en l’occurrence les habitants des campagnes qui vivaient, dans le même temps, un sentiment de déclassement par rapport à la modernité.

Même si cette histoire était évidemment largement infondée, elle correspondait à l’inscription, sous la pression des écologistes, de la vipère comme espèce protégée, alors qu’elle était considérée depuis des générations comme un nuisible contre lequel il fallait lutter. Ce bouleversement des normes par des personnes se déclarant plus savantes avait été perçu comme un affront qui a alimenté tous les fantasmes.

C’est à partir de cette histoire que l’auteur analyse les raisons actuelles de l’échec des politiques écologiques et du ressentiment croissant vis-à-vis des écologistes.

Aujourd’hui, la crise écologique n’est plus un danger lointain. La sortie des combustibles fossiles, en l’occurrence, impose aux populations la réalisation d’investissements importants pour respecter les évolutions législatives, tels que l’isolation de leur logement et le changement de système de chauffage pour respecter les normes de PEB ou encore le passage à la voiture hybride ou électrique, sous peine de voir leur mobilité fortement restreinte, et notamment de ne plus avoir accès aux centres urbains.

Le problème est que, pour une grande partie de la population, d’une part, les dépenses à engager sont hors de portée et, que de l’autre, la structuration du territoire telle qu’elle a été développée, ainsi que l’organisation sociale, ne laissent aucune place à des alternatives en termes de mode de vie. A titre d’exemple, ce sont les personnes les plus précaires qui habitent en dehors des villes, là ou les logements sont les moins chers et qui ont davantage besoin de leur voiture pour tous les aspects de leur vie quotidienne.

Une grande partie de la population, pourtant plutôt sensible à l’intérêt de protéger l’environnement et développant naturellement des comportements de sobriété, se retrouve ainsi face à une double contrainte impossible à dépasser.

Dans les années 70, les premiers écologistes, à l’instar d’André Gorz et Ivan Illich, distinguaient les technologies conviviales dont les personnes avaient la possibilité de s’approprier le fonctionnement, des technologies dont l’entretien et la réparation nécessitent l’intervention d’un expert. Il s’agissait d’ailleurs d’un des arguments avancés par le mouvement anti-nucléaire.

Aujourd’hui, force est de constater que les mesures écologiques se basent essentiellement sur des solutions technologiques avec lesquelles seuls les initiés se sentent à l’aise. Ce qui constitue, selon l’auteur, l’une des raisons du ressentiment constaté mais ce n’est pas le seul. Au lieu d’être libératrice, l’écologie semble être devenue synonyme d’oppression par le pouvoir.

Parallèlement, l’écologie est la seule science qui a donné son nom à un mouvement politique. Il s’ensuit qu’au nom de la vérité scientifique, le débat démocratique et les impacts sociaux des solutions à mettre en œuvre ont tendance à être facilement évincés au profit d’un discours moralisateur, dispensé selon une approche descendante de l’élite vers des classes populaires en mal de reconnaissance.

Enfin, depuis les années 90, l’alpha et l’oméga des politiques écologiques a été la loi du marché, symbolisée par la taxe carbone. L’objectif est d’orienter les comportements des citoyens par le biais des politiques de prix, et dans le meilleur des cas, d’obliger les entreprises à réinternaliser leurs externalités négatives en payant pour les dommages qu’elles ont causé à l’environnement. Ces politiques qui ajoutent une couche de contraintes supplémentaires à ceux qui n’en ont pas les moyens ont clairement été un échec.

Par ailleurs, il a été démontré que les petits gestes, même s’ils sont nécessaires ne résoudront pas le problème, comme l’a montré l’étude réalisée par le cabinet de conseil Carbone 4 en 2019. Si la population dans son entièreté réalisait l’ensemble des investissements auxquels les incitent les politiques publiques et modifiait ses modes de consommation en profondeur – ce qui est totalement irréaliste – cela ne représenterait que 45% de l’effort nécessaire pour atteindre l’objectif soutenable de 2 tonnes d’émissions d’équivalent CO2 par habitant.

En face, les 0,1% les plus riches du monde (7 700 000 personnes), par leur mode de vie mais surtout via les actifs financiers qu’ils détiennent, émettent plus de CO2 que 38% de la population mondiale (2,9 milliards de personnes).

D’après une étude citée par l’auteur, les émissions des 90 plus grandes industries des secteurs des combustibles fossiles et du ciment ont contribué à près de la moitié de l’augmentation de la température mondiale entre 1880 et 2010.

Les vrais responsables ne sont donc pas, en premier lieu, les citoyens qui pollueraient de manière irresponsable.

Alors, que faire ? Selon l’auteur, la justice sociale est la clé !

La démonstration avancée par l’auteur procède que l’appropriation des richesses et donc du pouvoir permet, non seulement, de faire porter les externalités négatives sociales et écologiques sur ceux qui n’ont pas de marge de manœuvre pour y pallier mais, en plus, ouvre toutes les portes au fait de polluer toujours plus et d’en tirer toujours plus de profit.

En clair, selon l’auteur : « Si l’on admet qu’un supplément d’inégalités sociales entraîne plus de destruction de la nature, alors on doit admettre qu’un supplément d’égalité sociale provoquera plus de protection de la nature. ».

Il s’ensuit qu’en repartant des besoins des citoyens pour reconfigurer les systèmes économiques et technologiques, en redistribuant les richesses et les pouvoirs au niveau national et international cela permettrait, à la fois, d’accroître la justice sociale et de protéger l’environnement.

Pour parvenir à rééquilibrer la balance, le rôle de l’Etat est fondamental. Lui seul, sous la pression des mobilisations de terrain, des associations, des syndicats et des urnes a la capacité d’orienter les dépenses publiques pour transformer le réseau routier ou développer les transports publics, de définir un cadre émancipateur permettant au citoyen de s’engager réellement dans la transition écologique et un cadre réglementaire propre à imposer de nouvelles règles du jeu aux industriels et à limiter le champ du capitalisme.

Un dialogue démocratique doit, de fait, s’instaurer au niveau sociétal et à l’intérieur des entreprises, sous l’impulsion des pouvoirs publics, afin d’encadrer et déverrouiller la décarbonation des quatre principaux systèmes émetteurs de gaz à effet de serre que sont l’agriculture en lien avec la grande distribution, le logement, l’industrie et l’énergie au bénéfice de toutes et tous. C’est sur une telle base démocratique, qu’il sera possible de réconcilier les citoyens avec l’écologie et de parvenir à des solutions.

Bien sûr, les puissants ne se laisseront pas faire et d’aucuns diront que tout changement conduira à la catastrophe économique mais l’histoire nous montre, la création de la sécurité sociale en est un exemple emblématique, que la lutte paye.




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