Les 3 et 4 juin derniers, le sommet européen Climate
Chance Europe 2026 rassemblait des collectivités territoriales, des
institutions européennes, des entreprises, des syndicats, des ONG, des
chercheurs et autres acteurs environnementaux afin d’identifier des pistes
concrètes pour renforcer la résilience climatique européenne. L’objectif était
de permettre à l’ensemble de ces acteurs de contribuer à une stratégie
d’adaptation à l’échelle de l’Union européenne.
Au cours de ce sommet, les participants ont constaté
que les territoires sont inévitablement en première ligne face aux conséquences
du réchauffement climatique (inondations, canicules extrêmes, sécheresses,
incendies, …). Cependant, ils ne peuvent agir seuls : l’adaptation doit être
pensée comme un effort collectif, coordonné entre les différents niveaux de
pouvoir (européen, national, régional et communal).
Les communes, premières concernées
Les collectivités locales ont ainsi été identifiées
comme des acteurs incontournables de la transition climatique. En première
ligne face aux conséquences du réchauffement, elles disposent d’une
connaissance fine des réalités du terrain et doivent être davantage associées à
la conception des politiques publiques.
En Belgique, nous avons pu l’observer ces cinq
dernières années avec les inondations dans la vallée de la Vesdre : les
communes doivent établir des plans de résilience face aux conséquences du
changement climatique.
À Limbourg, petite ville de la province de Liège dont
40 % des habitants ont été sinistrés, la reconstruction des quartiers et des
espaces publics est également une opportunité d’adaptation à la crise
climatique.
Sa bourgmestre, Valérie Dejardin, a accordé une
interview à la RTBF à l’occasion de la commémoration des cinq ans de la
catastrophe. Elle y insiste sur la nécessité, pour la Région wallonne, de
coordonner les stratégies de reconstruction et de construction afin que
l’infiltration de l’eau dans les sols soit préservée.
Cet exemple met en évidence un élément essentiel : les
communes manquent cruellement de moyens et de visibilité pour mettre en œuvre
ces stratégies de reconstruction coordonnées. Les financements disponibles sont
notamment souvent mal connus des autorités locales, selon la bourgmestre.
Les Régions, coordinatrices de l’adaptation
Bien sûr, les communes sont des actrices
incontournables, mais leurs administrations ne peuvent assumer seules tous les
aspects de l’adaptation au changement climatique.
Dans sa récente publication « Stratégie d’adaptation de la Wallonie : recommandations », l’organisation Canopea plaide pour que les Régions (et plus particulièrement la Région wallonne) assurent une meilleure coordination des compétences très fragmentées. Dans cette note, Canopea formule huit recommandations afin d’optimiser la transition climatique.
La gestion de l’eau constitue un exemple évident du
rôle fédérateur que peut jouer la Région. Les décisions prises dans une commune
peuvent en effet avoir des conséquences directes sur les territoires voisins.
Ainsi, la construction d’un zoning en amont peut impacter une commune située en
aval en raison du ruissellement provoqué par l’artificialisation des sols,
comme le souligne Valérie Dejardin dans son interview.
Dans la vallée de la Vesdre, un « Schéma Vesdre »
élaboré par la Région wallonne tente de coordonner les reconstructions.
Toutefois, selon la bourgmestre de Limbourg, il manque encore un véritable
outil de pilotage ainsi que des politiques publiques suffisamment
contraignantes pour transformer ces orientations en actions concrètes.
Le fédéral et l’Europe comme cadres d’action
L’Union européenne dispose d’une compétence de cadrage
stratégique en matière d’adaptation climatique et mobilise différents
financements afin d’encourager ses États membres à renforcer leur résilience
face à la crise climatique.
En Belgique, l’État fédéral intervient quant à lui
dans des domaines tels que la protection civile, certaines politiques sociales
ou encore les conditions de travail. Des sujets particulièrement importants
lorsque l’on sait que les populations les plus vulnérables sont souvent les
plus exposées aux conséquences du changement climatique.
Et les travailleurs ?
Lors du sommet européen consacré à l’adaptation
climatique, les syndicats ont insisté sur la nécessité de mettre en place une
initiative européenne relative aux risques liés à la chaleur au travail, de
renforcer le dialogue social dans les politiques d’adaptation et d’investir
davantage dans les infrastructures sociales.
Les travailleurs doivent non seulement être protégés,
comme l’a tragiquement rappelé l’incident survenu cet été à De Brouckère, qui a
coûté la vie à six travailleurs sur leur lieu de travail, mais ils doivent
également être pleinement intégrés aux stratégies d’adaptation afin que la
transition permette de transformer les emplois perdus en nouveaux emplois
durables.
Dans sa note, Canopea souligne également la nécessité de protéger les populations vulnérables et de « ne laisser personne de côté », dans une logique de justice sociale et écologique qui inclut les travailleurs et les travailleuses. L’organisation insiste par ailleurs sur l’importance de garantir des financements pérennes, de renforcer les moyens humains consacrés à l’adaptation (notamment par la formation des travailleurs et des travailleuses) et de privilégier les mesures dites « sans regret », c’est-à-dire des actions qui procurent des bénéfices quels que soient les scénarios climatiques futurs. Parmi celles-ci figurent notamment la restauration des écosystèmes, la végétalisation des espaces et la désimperméabilisation des sols.
Et maintenant, l’action
Maintenant que les plans et les déclarations existent,
le principal défi réside dans leur mise en œuvre. L’adaptation n’est pas un
projet ponctuel, mais un processus continu qui exige anticipation, coordination
et investissements à long terme.
Les leçons tirées des inondations de 2021 montrent
qu’aucun niveau de pouvoir ne peut agir seul. Les communes connaissent les
réalités du terrain, les Régions assurent la cohérence territoriale, le fédéral
apporte des leviers transversaux et l’Europe fixe les grandes orientations.
Face à l’accélération du changement climatique, la
question n’est donc plus de savoir qui doit agir, mais comment l’ensemble des
niveaux de pouvoir peuvent mieux travailler ensemble afin de rendre les
territoires plus résilients.